A traîner trop longtemps dans l’entourage de la Fédération Internationale du Film Fantastique (Thx and respect to Romain, Solveig, Stéphane, Duncan and pascale from Cinénygma –RIP-) on fini forcément par faire de drôles de rencontres. Dans ce petit monde qui m’était parfaitement étranger (mon seuil de tolérance à l’horreur se situant quelque part entre Ghostbusters et les Gonnies), j’ai notamment eu la chance de fraterniser joyeusement avec Magnus Paulsson (à gauche sur la photo).

Solide suédois à la gentillesse (et la descente) légendaires, il n’est pas que le maître à penser de l’excellent festival de Lund. Il développe parallèlement son activité de producteur, certains d’entre vous ayant peut être eu la chance de voir le documentaire John Howe: There and Back Again réalisé en 2004 autour du plus célèbre illustrateur de l’œuvre de Tolkien.
En 2006, il re-signait avec le réalisateur du documentaire sus-évoqué, Anders Banke (à adroite donc sur la photo, cqfd), mais pour un tout autre projet: Frostbiten (aka Frostbite) . Anders est, lui aussi, un personnage à part. Il parle couramment le russe (je crois), vagabonde régulièrement en Chine (j’en suis sûr), ce qui lui vaut quelques relations pour le moins uniques.
Est-ce à elles ou à l’originalité intrinsèque de Frostbiten –ou à la conjugaison des deux- que l’on trouve sa nomination dans le programme officiel du Festival international du film de Pyongyang? L’histoire ne le dit pas. A titre personnel, je me suis régalé devant cette histoire de vampires délogés des carcans habituels (Roumanie, Los Angeles ou NY) pour s’installer en Scandinavie. Je plaide donc pour l’originalité. Des vampires dans la neige? Un régal plastique et formel.
Bref. Là où ça devient amusant, pour ceux qui connaissent la légendaire ouverture d’esprit de la Corée du Nord, c’est de s’entendre narrer l’avant-première du film. Imaginez une salle bondée, des gens qui s’apprêtent, pour la première fois dans leur grande majorité, à découvrir un film ‘d’horreur’ (un contexte psychanalytique unique au monde depuis, probablement, la caverne de Platon). Horreur, un bien grand mot vu d’ici, mais une expérience très nouvelle pour eux. Certes, il y avait également, à l’affiche, La marche de l’empereur, Shaolin Soccer… une approche donc de l’abstraction (dans un pays où tout est ‘officiel’ et doit être perçu comme tel) qui tient déjà de la révolution, mais qui ne tient pas la comparaison face à Frostbiten.
Bref. Le film démarre, Magnus et Anders sont alors fascinés par les réactions de terreur et d’empathie du public. Fascinés ou inquiets? Fascinés certainement, lorsque des ados prenant des drogues douces à l’écran entraînent un ballet de mimiques réprobatrices dans la salle. Inquiets probablement lorsqu’à l’issue du film, il faudra de très, très longues minutes pour déloger, par exemple, une spectatrice littéralement vissée à son siège, horrifiée jusqu’aux os.
Le debrief du film fut, lui aussi, particulièrement étonnant. Ainsi, un spectateur s’approche d’Anders, le félicite, puis l’interroge, le plus sérieusement du monde sur la cohabitation humains-vampires. Il faudra quelques instants pour qu’Anders et Magnus ne réalisent que le film a été, pour certains, appréhendé comme un ‘docu’. Charge à eux, donc, d’expliquer la notion de fiction, que les vampires n’existent pas, etc etc etc.
Des anecdotes comme celles là, Magnus et Anders en ont collectionné des tonnes. A vrai dire, il semble qu’une balade à Pyongyang suffise à écrire un roman aux contours surréalistes. Ainsi, un soir, ont-ils été ‘sommés’ de descendre dans le hall de l’hôtel pour une destination inconnue. Les voilà embarqués dans un bus militaire, encadrés, installés seuls tout au fond. Ils se marrent, profitent de la balade dans la capitale (dont seuls sont éclairés les monuments à la gloire du pouvoir), jusqu’à ce que le bus sorte des axes principaux et n’emprunte un petit sentier cabossé, exempt de tout éclairage. Là, ils se marrent moins, se voient déjà rayé des statistiques, enterrés grossièrement sur un vulgaire bas-côté… mais ils arrivent finalement dans un complexe hôtelier au milieu de nulle part. Ils se retrouvent à la table officielle de différents ministres, dont un qu’ils désigneront de ‘Ministre de la Vérité’. Les fans de 1984 apprécieront. La suite vaut son pesant de cacahuètes, c’est à grands renforts d’interprètes qu’ils se retrouvent enrôlés dans une sévère dégustation de vodka. Grossière erreur de la part des nord-coréens, qui auraient mieux fait de se renseigner sur la capacité d’absorbion du scandinave de base.
De ce séjour ils ont (exploit suprême, lorsque l’on connaît les procédures douanières) rapporté un nombre incroyable de clichés. Je ne vous cache pas que j’espèrais illustrer cette chronique de quelques photos. Seul problème, ils accumulent, depuis, les mésaventures.
La première est pour le moins originale. Au départ de la Corée, ils déposent les bobines du film (35 mm) dans une valise diplomatique. A l’arrivée… le film dans la valise n’était plus le même (si quelqu’un peut m’expliquer comment cela peut arriver dans une valise diplomatique, je prends). Ce qui valut aux organisateurs de Cinénygma quelques frayeurs, le film étant entre autres destinés à être projeté lors de la dernière (sic) édition du festival luxembourgeois (ça aussi, c’est une autre histoire).
La dernière anecdote en date n’est pas mal non plus. Lors d’un retour de tournage en Russie, Anders s’est fait arrêter à la frontière. Inspection scrupuleuse du matériel, déballage scientifique… et les douaniers d’affirmer que leur «American UltraCam» est marquée par une sérieuse radioactivité. Je vous laisse imaginer le reste, Magnus vient d’emprunter un «giger meter» pour checker l’ensemble du matériel. J’imagine qu’ils vont également se prêter à des examens médicaux, ce qui, je le concède volontiers, peut sembler prioritaire par rapport à l’envoi de photos, même pour blablabla.
Mais je ne désespère pas pour autant de pouvoir, un jour ou l’autre, relayer quelques unes de ces photos extirpées du quotidien en Corée du Nord. A suivre donc.
Photo: Magnus et Anders, Cinénygma 2006