There’s air in the magic
Vendredi, février 29th, 2008Je ne sais pas si c’est à cause des brushings, des poses Abba le vent dans les cheveux, des vestes à épaulettes violettes ou des chaussures compensées, mais j’ai toujours porté une affection (certes singulière) pour la magie. Si le close-up (exercice de magie rapprochée -type magie de table- faisant appel à la dextérité) trouve mes faveurs, je n’en suis pas moins pantois lorsque j’assiste (sur une quelconque chaîne allemande par exemple) à un spectacle de grande illusion. La grande illusion, grosso merdo, c’est le truc à la David Copperfield: des chemises ouvertes, des chorégraphies façon ‘grande époque de FAME’, des spotlights dignes d’une discothèque de campagne, et des grands effets (disparition de la statue de la Liberté, apparition d’un tigre à la place d’une bimbo oxygénée, lévitation…), le tout posée sur une esthétique construite avant la tombée du mur de Berlin.
Les magiciens qui se spécialisent dans la grande illusion ne sont, généralement, pas aimés de leurs pairs. On leur reproche de s’en tenir à l’application de grands trucages, parfois fabriqués, parfois seulement achetés auprès d’inventeurs spécialisés (C’est un gros marché d’ailleurs. Certaines illusions se vendent à prix d’or). Sous le prétexte que, effectivement, quasiment tout le monde pourrait le faire (alors qu’une maîtrise correcte du close-up demande au minimum 10 ans d’une pratique assidue), sous la simple réserve de savoir lire un mode d’emploi, certains se font même désigner de ‘pousses-caisses’. Ce qui n’est vraiment pas très gentil, surtout lorsque l’on voit les trésors d’inventivité que déploient certains de ces saltimbanques.
Bref. Au-delà du kitsch, c’est un métier fondé sur le rêve, qui ne fait de mal à personne, donc qui a droit sinon à un minimum de respect, au moins à un dédain inoffensif. Aussi, quand j’ai réalisé que sur le net il y avait un nombre incroyable de petits malins s’amusant à dévoiler les secrets de fabrication, j’ai trouvé ça un peu naze. Pas parce que cela me prive du plaisir de la recherche du truc, mais parce que cela s’attaque directement au gagne-pain des illusionnistes les plus fragiles (ceux qui, contrairement à Copperfield, ont besoin de beaucoup d’années pour rentabiliser ne serait-ce qu’une illusion acquise à prix d’or, donc). Pour les blablateurs animés d’une curiosité malsaine, voilà un exemple d’émission russe qui a construit son succès uniquement là-dessus.
Mais ça, mon côté défenseur de la veuve et du brushing à paillettes, c’était jusqu’à ce qu’apparaisse une nouvelle génération de magiciens, beaucoup moins scrupuleux. Face à une concurrence acharnée, au dictat de l’image, à la force du buzz aussi, certains semblent prêts à tout pour acquérir, bon gré mal gré, un certain degré de notoriété.
Premier exemple criant: Chriss Angel. Attention, c’est du lourd: look à la The Crow, rimmel, crucifix et cheveux gras, il est même devenu un sujet d’argumentation pour nombre de sites ésotériques, qui voient en lui l’incarnation de la véracité de leurs vaseuses théories sur la parapsychologie (probablement inspirées de tel ou tel épisode de Buffy contre les vampires). Il faut dire que Chriss Angel est vaaachement fort. A partir d’ici je vous invite à regarder les liens au fur et à meusre pour comprendre l’argumentation. Chriss Angel, donc, vole et marche sur l’eau quand il fait beau. Il ne manquerait plus qu’il change l’eau en vin et on lui construirait des cathédrales. Si vous avez pris la peine de regarder les vidéos précédentes, vous aurez aisément compris que contrairement à la grande illusion d’antan, il n’hésite pas à faire appel à un faux public, à des complices, qui jouent (parfois très mal) les gens ébahis, mais voient forcément les dispositifs (ici hors-champ) qui le font voler. Et comme il n’en est pas à une supercherie près, il n’hésite pas non plus à recourir à des ‘freaks’ pour faire parler de lui. Cette femme coupée en deux en étant un exemple édifiant (mention spéciale aux spectatrices, à l’interprétation franchement ridicule).
Et vu que ça marche, qu’après tout à la télé on ne peut pas vérifier que les passants sont de bonne foi, allons-y. David Blaine, autre fossoyeur de la profession au regard ténébreux, s’est jeté dans la brèche, et s’est lui aussi notoirement illustré dans l’intervention en espace urbain, avec des figurants au moins aussi pitoyables que ceux de Chriss Angel. Démonstration ici, avec un tour de magie qui ne mériterait même pas de rentrer dans l’une de ces boites Gérard Majax que l’on trouve chez Auchan.
‘Mais où veut-il en venir avec sa chronique pourrie?’ Vous entends-je dire, tout en me réjouissant déjà que vous soyez allé déjà trop loin (c’est quoi après tout, 20mn de perdue dans une vie?) pour manquer la chute. Nous y voilà. C’est probablement au terme de ce même constat que certains petits malins se sont amusées à détourner cette logique du ‘faux magicien-faux complices’, pour en faire de petites saynètes d’une intelligence narrative prodigieuse. En voici une, clairement dédiée à David Blaine (partie 1 partie 2), vous en trouverez plein d’autres en fouillant. Ca m’a fait rire, mais peut-être que ça ne fera rire que moi (comme pour ce qu’il en est des vestes violettes à épaulettes très probablement). Maintenant regardez moi dans les yeux… respirez profondément… vous êtes calmes… tranquilles… et depuis 30 mn, vous aimez la magie. Tous à Vegas!